Thứ bảy, ngày 20 tháng sáu năm 2009

Le Pédagogue et sa pédagogie.

Chapitre : VII. Le Pédagogue et sa pédagogie.

1. Nous avons donc montré que nous sommes tous appelés des enfants par l'Ecriture et que, de plus, lorsque nous nous mettons à suivre le Christ, nous recevons le nom allégorique de « tout-petits » et que seul le Père de l'univers est parfait – car le Fils est en lui, et le Père est dans le Fils. Si nous suivons notre plan, nous devons maintenant exposer qule est notre Pédagogue : il s'appelle Jésus. 2. Parfois, il se donne le nom de « berger » et il dit : « Je suis le bon berger » ; il fait une comparaison avec les bergers qui guident leurs brebis, lui, le Pédegogue qui guide les petits enfants, le berger plein de sollicitude pour les tout-petits ; car les tout-petits, dans leur simplicité, sont appelés allégoriquement des brebis. 3. « Et tous, est-il écrit, seront un seul troupeau, et il y aura un seul berger. » Le Pédagogue, c'est donc, naturellement, le Logos car il nous conduit, nous, les enfants, vers le salut. Ainsi, le Logos a dit très clairement par la bouche d'Osée : « Je suis votre éducateur. » Quant à la pédagogie, c'est la religion : elle est à la fois enseignement du service de Dieu, éducation en vue de la connaissance de la vérité et bonne formation qui mène au ciel. 1. Le nom de « pédagogue » recouvre des réalités multiples : pédagogie de qui reçoit directive et instruction ; pédagogue qui donne la direction et l'enseignement ; pédagogie, en troisième lieu, la formation reçue elle-même, pédagogie encore, les matières enseignées, comme, par exemple, les préceptes. Quant à la pédagogie de Dieu, c'est l'indication de la route droite de la vérité en vue de la contemplation de Dieu, l'indication d'une sainte conduite dans une éternelle parsévérance. 2. A l'image du général qui dirige sa phalange en veillant au salut de ses mercenaires, ou du pilote qui manoeuvre son bateau avec la volonté de sauver ses passagers, le Pédagogue indique aux enfants un mode de vie salutaire, par sollicitude pour nous ; d'une façon générale, tout ce que nous pourrions raisonnablement demander à Dieu, nous l'obtiendrons en obéissant au Pédagogue. 3. Or le pilote ne cède pas toujours aux vents ; parfois, cependant il met la proue en avant et fait face aux bourrasques ; de la même façon le Pédagogue ne soumet pas toujours aux vents qui soufflent en notre monde et ne pousse pas vers eux le petit enfant, comme le bateau, pour qu'il se brise dans une vie bestiale et licencieuse ; c'est seulement lorsqu'il est poussé par le souffle de la vérité que, bien équipé, il appuie de toutes ses forces sur les barres du gouvernail de l'enfant – je veux dire : ses oreilles – et cela, jusqu'au moment où il fera aborder le petit enfant, sain et sauf, au port céleste. Car si l'éducation héritée de nos pères – ce que nous appelons ainsi – passe bientôt, la formation reçue de Dieu, elle, est une acquisition pour toujours. 1. Le pédagogue d'Achille ; celui d'Alexandre, Léonide ; celui de Philippe, Nausithoos. Mais l'un, Phénix, était un coureur de femmes ; l'autre, Adraste, un banni ; Léonide ne supprima pas l'orgueil du Macédonien, pas plus que Nausithoos ne guérit l'homme de Pella de son ivrognerie et que le Thrace Zôpyros ne réussit à refréner la débauche d'Alcibiade ; il est vrai que Zôpyros était un esclave acheté par de l'argent et que Sikimos, le pédagogue des fils de Thémistocle, était un domestique paresseux : on raconte qu'il dansait et qu'il inventa la danse appelée sikinnis. 2. Nous n'ignorons pas non plus les pédagogues dits « royaux » des Perses : chosis pour leur mérite, au nombre de quatre, parmi tout l'ensemble des Perses, les Rois perses les préposaient à leurs enfants ; mais ceux-ci n'apprennent d'eux que le tir à l'arc ; en revanche, dès leur puberté, ces enfants ont des relations avec leurs soeurs, leur mère, et d'innombrables femmes, légitimes ou concubines, exercés qu'ils sont à la vie sexuelle comme des verrats !
Le Logos pédagogue
Notre pédagogue, à nous, c'est le saint Dieu Jésus, le Logos qui conduit l'humanité entière ; Dieu lui-même qui aime les hommes est notre pédagogue. 1. Dans le Cantique, le Saint-Esprit parle ainsi de lui : « Il fournit à son peuple tout le nécessaire dans le désert, au milieu de la soif brûlante, dans les lieux arides ; il l'a entouré, il l'a éduqué, il l'a gardé comme la prunelle de son oeil ; comme un aigle désire veiller sur sa couvée, il a eu lui aussi le désir de veiller sur ses petits ; il a étendu ses ailes, il les a pris, il les a soutenus sur son pennage ; le Seigneur était seul à les conduire ; il n'y avait point avec eux de Dieu étranger. » C'est d'une façon claire, je pense, que l'Ecriture désigne ainsi le Pédagogue en décrivant la formation qu'il donne. 2. Ailleurs, parlant en son propre nom, il se reconnaît lui-même pour le Pédagogue : « Je suis le Seigneur ton Dieu, qui t'ai tiré de la terre d'Egypte. » Qui donc a le pouvoir de conduire dedans ou dehors, sinon le Pédagogue ? Celui-ci « apparut à Abraham et lui dit : Je susi ton Dieu ; sois agréable à mes yeux »; 3. et il l'a rendu peu à peu son enfant fidèle, selon une très bonne pédagogie, en lui disant : « sois irréprochable, j'établirai mon alliance entre moi, toi et ta descendance » ; il y a une communication, par le maître, de son amitié. Il est évident qu'il fut également le pédagogue de Jacob ; il lui dit : 4. « Me voici avec toi ; je te garde sur tout chemin où tu chemineras ; je te ramènerai sur cette terre car je ne saurais t'abandonner jusqu'à ce que j'aie accompli tout ce que je t'ai dit. » Et le récit ajoute qu'il combattait avec lui : «  Jacob fut laissé seul et un homme – le Pédagogue – combattait avec lui jusqu'au matin ». 1. C'était lui, l'homme qui combattait, qui luttait à ses côtés, qui entraînait contre le Mauvais celui qui s'exerçait, Jacob. Et comme le Logos était à la fois l'entraîneur de Jacob et le pédagogue de l'humanité, l'Ecriture dit : « (Jacob) l'interrogea et lui demanda : révèle-moi ton nom ? » En effet, il réservait le nom nouveau pour le jeune peuple, le tout-petit. 2. Le Seigneur Dieu était encore sans nom, car il n'était pas encore devenu homme. Et cependant « Jacob donna à cet endroit le nom de Vision de Dieu car, dit-il, j'ai vu Dieu face à face et j'ai eu la vie sauve ». La face de Dieu, c'est le Logos, par lequel Dieu est mis en lumière et révélé. Et c'est alors que Jacob reçut le nom d'Israël, lorsqu'il vit le Seigneur Dieu. 3. C'était Dieu, le Logos, le Pédagogue, qui une autre fois, plus tard, lui dit : N'aie pas peur de descendre en Egypte. » Vois comme le Pédagogue suit l'homme juste, comment aussi il entraîne l'homme qui s'exerce, en lui enseignant à prendre par ruse l'adversaire. 4. C'est encore lui, certainement, qui enseigne à Moïse le rôle de pédagogue. Le Seigneur lui dit en effet : « Celui qui a péché contre moi, je l'efface de mon livre. Va maintenant et conduis le peuple où je t'ai dit. » 1. Par ces paroles, il enseigne la pédagogie. Car c'était lui le Seigneur qui, par l'intermédiaire de Moïse, était en réalité le pédagogue du peuple ancien, alors qu'il est en personne le guide du nouveau peuple, face à face. « Vois, dit-il à Moïse, mon ange te précède », plaçant devant lui pour l'enseigner et le guider la puissance du Logos. 2. Mais son rang de Seigneur, il le réservait en disant : « Le jour où je les visiterai, je les punirai de leur péché », ce qui signifie : le jour où je serai établi comme juge, je leur ferai payer le prix de leurs fautes. Car il est en même temps le Pédagogue et le juge qui rend des jugements contre ceux qui transgressent ses commandements ; dans son amour pour les hommes, le Logos ne passe pas sous silence leurs péchés ; au contraire, il leur en fait reproche afin qu'ils se convertissent. « Le Seigneur veut le repentir du pécheur plutôt que sa mort. » 3. Et nous, comme des autres, ayons peur d'être menacés de semblables châtiments et abstenons-nous de pareils manquements. Quelle était donc leur faute ? « C'est que dans leur colère ils ont tué des hommes, dans leur dérèglement ils ont mutilé un taureau ; maudite soit leur colère. » 1. Qui donc aurait pu nous éduquer avec plus d'amour que lui ? D'abord, pour l'ancien peuple, il y eut l'ancienne alliance ; la Loi conduisait le peuple comme le fait un pédagogue, dans la crainte ; le Logos était un ange ; mais pour le peuple nouveau et jeune, une nouvelle et jeune alliance a été conclue, le Logos a été engendré, la crainte a été engendré, la crainte a été changée en amour et cet ange mystique, Jésus, a été enfanté. 2. C'est toujours lui, le même Pédagogue, qui disait jadis : « Tu craindras le Seigneur ton Dieu » et qui nous recommande maintenant : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu ». Aussi nous ordonne-t-il également : « Cessez vos oeuvres », les anciens péchés, « et apprenez à bien agir ; fuis le mal et fais le bien ; tu as aimé la justice et haï l'injustice. » C'est ma nouvelle alliance, qui était gravée dans l'ancienne lettre ; aussi ne doit-on pas faire objection à la nouveauté du Logos. 3. Dans le livre de Jérémie, le Seigneur dit : « Ne dis pas : je suis trop jeune ; avant de te former dans le ventre de ta mère, je te connais ; avant que tu sois sorti du sein, je t'ai consacré. » Peut- être cette parole prophétique s'adresse-t-elle d'une façon détournée à nous : dès avant la création du monde, nous étions connus de Dieu comme destinés à la fois, mais nous ne sommes encore que de tout-petits enfants, parce que la volonté de Dieu vient de s'accomplir tout récemment ; nous sommes des nouveau-nés, si l'on considère l'élection et le salut. 1. Aussi ajoute-t-il : « J t'ai établi comme prophète pour les nations » ; il proclamait ainsi que Jérémie devait être prophète et que le titre de « trop jeune » ne devait pas être ressenti comme une objection par ceux qui sont appelés des « tout-petits ». La Loi est la grâce ancienne que le Logos a donnée par l'intermédiaire de Moïse. L'Ecriture dit : « La Loi fut donnée par l'intermédiaire de Moïse. » Elle fut donnée non par Moïse, mais par le Logos ; Moïse son serviteur servait d'intermédiaire ; c'est pourquoi elle ne dura qu'un temps. « Mais la grâce éternelle et la vérité sont venue par l'intermédiaire de Jésus-Christ. » 2. Observez les mots qu'emploie l'Ecriture : pour la Loi, elle dit seulement qu'elle « fut donnée » ; mais la vérité, qui est une grâce du Père, est l'oeuvre éternelle du Logos et l'Ecriture ne dit plus qu'elle est « donnée » : elle est venue par l'intermédiaire de Jésus, « sans lequel rien n'est venu. » Moïse, donc, cède d'une manière prophétique la place au Pédagogue parfait, le Logos ; il annonce son nom ainsi que sa pédagogue, et il présente au peuple son pédagogue, ayant entre les mains les commandements de l'obéissance : 3. « Dieu fera se lever pour vous un prophète, comme moi issu de vos frères » ; c'est Jésus, fils de Navé, qui désigne symboliquement Jésus, le fils de Dieu. Le nom de Jésus, ainsi désigné par avance dans la Loi, est une esquisse du Seigneur. Moïse continue ensuite à donner l'ordre qui sera profitable au peuple : « Vous l'écouterez et celui qui n'écoutera pas » ce prophète, celui-là, il le menace. C'est ainsi qu'il nous annonce prophétiquement le nom du Sauveur Pédagogue. 1. Aussi la prophétie lui attribue-t-elle un bâton ; c'est le bâton du pédagogue, du chef, le symbole de l'autorité : ceux que le logos de persuasion ne guérit pas, la menace les guérira; ceux que la menace ne guérit pas, le bâton le fera ; ceux que le bâton ne guérit pas, le feu s'empare d'eux. L'Ecriture dit : « Un bâton sortira de la tige de Jessé. » 2. Considère quelles sont la sollicitude, la sagesse et la puissance du Pédagogue : « Il ne juge pas sur l'apparence, il ne se prononce pas sur ce qu'il entend dire, mais il donne un jugement aux miséreux et adressera des reproches aux pécheurs de la terre. » Et par la bouche de David il est dit : « Le Seigneur qui corrige m'a corrigé, et à la mort il ne m'a pas livré » : le fait d'avoir été corrigé par le Seigneur et de l'avoir eu pour pédagogue libère en effet de la mort. 3. Le même prophète dit : « Tu les mèneras avec ton bâton de fer ». L'Apôtre, dans le même mouvement inspiré, écrit aux Corinthiens : « Que préférez-vous ? Que je vienne chez vous avec un bâton ou bien avec charité et un esprit de douceur ? » L'Ecriture dit encore par un autre prophète : « Le Seigneur étendra de Sion le bâton de sa puissance » et encore ailleurs : « Ton bâton » – ce bâton du pédagogue - « et ta houlette m'ont appelé. » Telle est la puissance du Pédagogue : elle se fait respecter, elle appelle, elle apporte le salut.

Source : Clément d'Alexandrie, Le Pédagogue, édition du Cerf, 1960